LA FAMILLE GUERIN-ROHARD, UNE GRANDE FAMILLE D'ARCHITECTES

Grâce à l'article écrit par M. Bernard Cassaigne sur l'école Saint-François; école qui avait été dessinée par l'architecte François-Xavier Rohard et inaugurée en 1932 à Vouvray, il nous a paru intéressant d'approfondir les recherches sur cet architecte, dont le bâtiment a malheureusement été détruit il y a trois ans, pour laisser place à un immeuble d'habitation en plein coeur de Vouvray.

(Ci-dessous, carte postale fournie par M. Dominique Rohard à M. Bernard Cassaigne)

Et quelle ne fut pas notre surprise en découvrant que François-Xavier Rohard était issu d'une illustre famille d'architectes !

En effet, lors de la séance du 28 octobre 1936, le président de la Société Archéologique de Touraine, M. Roque, rend hommage à M. Marcel Rohard, père de François-Xavier, en ces termes :

"Fils de Léon Rohard, président-fondateur de la Société des Architectes de Touraine, petit-fils de Gustave Guérin, architecte des monuments historiques et architecte diocésain, Marcel Rohard, après de fortes études, travailla l'architecture dans le cabinet de son oncle, Charles Guérin et collabora avec lui jusqu'en 1902. Seul, il entreprit l'agrandissement de l'hôpital de Château-la-Vallière, la construction de l'Hôpital Saint-Gatien en s'inspirant du style du XIIIe siècle, restaura la chapelle de cet hôpital et lui construisit une Maternité.
Il restaure entre temps de nombreux hôtels particuliers et avec une modestie et un désintéressement dignes d'éloges, il accepte la tâche ingrate de diriger les travaux de construction de l'église du Christ-Roi, conçue par un jeune homme sans expérience dans un style qu'il n'a pas approuvé. Epris de toutes les manifestations d'art ou de science, M. Rohard consacrait tous ses loisirs soit à l'étude de l'Architecture antique qui le passionnait, soit à ce "Cours sur la résistance des Matériaux", oeuvre de toute une vie, qu'il avait revu et complété en simplifiant toutes les formules usitées jusqu'à ce jour. Et, chose surprenante, ce terrien de naissance ressentait un amour profond de la mer dont il avait acquis, par un travail acharné, une connaissance approfondie, spécialement celle du balisage et des phares qui le tenait en contact avec le Service Hydrographique de la Marine. Il signala même à ce dernier, l'imperfection du balisage aux abords de Quiberon et les félicitations qu'il reçut du Ministère attestent l'importance des services qu'il a rendus.
Sa grande modestie lui fit dédaigner des honneurs bien mérités; ce grand chrétien s'estimait assez récompensé dans sa descendance et par la vocation sacerdotale de de deux de ses fils. Il est mort sur la brèche, dans cet hôpital de Château-la-Vallière dont il surveillait les travaux. Nous prions Madame Rohard et ses enfants de bien vouloir agréer nos très vives et respectueuses condoléances."

Le président de séance en profite pour présenter deux nouveaux membres correspondants de la Société Archéologique de Touraine :

  • Madame Marcel Rohard, demeurant 13 place François Sicard, à Tours, présentée par MM. le chanoine Guignard, de Grandmaison, et E. Roque.
  • Monsieur Henri-Marcel Rohard, architecte, demeurant 3 rue de la Barre, à Tours, présenté par MM. le Dr Ranjard, H. Viot et E. Roque.

Henri-Marcel est le frère de François-Xavier et tous deux sont architectes.

Un document émis par l'agence d'architecture Rohard, et disponible sur Internet, nous permet de retracer l'histoire de cette grande famille d'architectes :

  • 1860 : l'agence est créée par Léon Rohard (1836-1882), lauréat de l’Institut. Elle reprend le cabinet Mariau à Tours en 1865 et réalise le grand théâtre de Tours en 1872.
    En effet, le 26 novembre 1867, la Ville de Tours décide de construire un nouveau Théâtre sur les plans de l’architecte Léon Rohard, afin d’en faire un édifice moderne. Les travaux sont interrompus par la guerre, de septembre 1870 à mai 1871. Le 8 août 1872, le premier Théâtre Municipal de Tours est inauguré devant une salle comble. La salle contient 1200 places avec 3 étages de galeries. La façade de la rue de la Scellerie est ornée d'une sculpture monumentale due au sculpteur parisien Frédéric Combarieu et de femmes lampadophores dans la loggia.
    Léon Rohard, président fondateur de la Société des architectes de Touraine fut architecte de la ville de Tours et du département d'Indre-et-Loire; petit-fils de Gustave Guérin, chevalier de la Légion d'honneur, architecte du diocèse et des monuments historiques, qui édifia 74 églises ou chapelles en Touraine, et neveu de Charles Guérin (1847-1919), architecte du diocèse et son collaborateur décoré de l'Ordre pontifical de Saint-Grégoire le Grand.

    En 1837, Gustave Guérin (1814-1881) a été l'élève de Jean-Jacques-Marie Huvé, qui achevait alors à Paris l'église de la Madeleine, à l'Ecole des Beaux-Arts de Paris de 1830 à 1833. En 1836, il est choisi par la Ville de Tours comme architecte municipal, poste qu'il occupera jusqu'en 1869. Il inaugure le poste d'architecte de la préfecture et des édifices diocésains et départementaux. A partir de 1848, les deux postes d'architecte départemental et d'architecte diocésain sont distingués mais Gustave Guérin les cumulera jusqu'à sa mort. Il a construit ou restauré de nombreuses églises en Indre-et-Loire, dont la cathédrale Saint-Gatien et l'église Saint-Julien à Tours (1848-1853). Auteur également, à Tours, du lycée Descartes et des marchés couverts en fer et fonte contemporains des halles de Baltard à Paris (1865-1866). Il a en outre construit, restauré ou aménagé divers châteaux et édifices religieux en Touraine. Plusieurs des successeurs de Gustave Guérin au poste d'architecte départemental ont été condisciples ou élèves du Tourangeau Victor Laloux (1850-1937) à l'Ecole des Beaux-Arts de Paris. Laloux est, à Tours, l'auteur de la gare, de l'hôtel de ville et de la basilique Saint-Martin.

  • En 1892, Marcel prend la suite de son père et réalise en 1925 la première église à ossature en béton armé.

  • Son fils François-Xavier réalise une école à Vouvray, près Tours, et décède à 29 ans.

  • Son autre fils Henri-Marcel réalise une partie des reconstructions à Royan et St Pierre des Corps après 1945.

  • L’actuel directeur, Dominique Rohard, reprend le flambeau à Tours en 1978, est architecte en chef à Blois en 1983, puis s’installe à Paris en 1995. Dominique Rohard vient d'écrire un ouvrage intitulé Récit d'une généalogie artistique - De Paris à Nice, deux familles d'architectes de 1815 à 2015, publié le 9 décembre 2016 aux Editions François Baudez et dans lequel il raconte l'histoire de deux familles d'architectes, les Guérin de 1815 à 1919 et les Rohard, de 1865 à nos jours.

La rubrique nécrologique du journal La Croix en date du 19 août 1936, annonçant le décès de Monsieur Marcel Rohard, nous permet de comprendre l'importance de "la lignée d'architectes qui, depuis plus de cent ans, de père en fils, ont élevé leurs oeuvres en Touraine".

A la lumière de toutes ces informations, il est donc fort regrettable que rien n'ait été fait pour sauvegarder cette ancienne école Saint-François. Plutôt que de détruire, informons-nous, vérifions la faisabilité d'une restauration, d'une réhabilitation, d'un partenariat public privé, pour que vive notre patrimoine !

 

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