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CLOS, CLOSERIES & CLOSIERS

Que vous soyez habitant de Vouvray ou de ses environs, ou de passage dans notre commune, vous avez sans doute déjà entendu parler de "clos", de "closerie" ou de "closier", notamment à travers la lecture d'étiquettes de vin, ou bien, par exemple, en séjournant dans une maison d'hôtes qui porte ce nom. Mais savez-vous à quoi cela correspond exactement ?

Examinons tout d'abord les définitions fournies par les dictionnaires Larousse et Littré :

  • Une closerie : "petite propriété entourée de murs ou de haies, possédant une maison d'habitation. Nom donné à Paris, au XIXe siècle, à des jardins aménagés en bals publics." (Dictionnaire Larousse) - "Petite exploitation rurale dans laquelle il n'y a pas de boeufs de labour." (Dictionnaire Littré)
  • Un clos : "parcelle cultivée et fermée de murs ou de haies, près des maisons. Se dit notamment en parlant d'une vigne." (Dictionnaire Larousse) - "Fermé. Jardin clos de murailles." (Dictionnaire Littré)
  • Un closier : "celui qui tient à ferme une closerie. Dans certaines provinces, celui qui a soin du clos." (Dictionnaire Littré)

L'histoire des closiers

Depuis le début du XIIIe siècle, au moins, on appelait "Clausarii", puis "Closiers", les gens qui travaillaient à l'exploitation des vignes. Logés, et même dans certains cas nourris par le maître, les closiers étaient, au sens propre du mot, des "gardiens", des serviteurs que les maîtres faisaient demeurer "en leurs maisons, manoirs ou édifices, pour y ceux et leurs biens garder" (Ordonnance de 1355).

La vigne était généralement, au Moyen Âge, le bien le plus précieux qu'un maître eût à faire garder après sa propre demeure et c'est ainsi que le mot "closier" avait pris le sens ordinaire que nous lui connaissons, de "vigneron qualifié" logé sur une vigne pour en assurer, sous les ordres d'un maître, non seulement la garde mais aussi l'entretien et l'exploitation.

Dans les anciens monastères, le closier était une sorte de "Colon partiaire", de métayer, de vigneron qui cultivait le clos de vignes à moitié fruits, clos de vigne qui faisait souvent partie de l'environnement d'une abbaye, comme c'était le cas, par exemple, au XVIIe siècle à l'abbaye de Saint-Benoît. Quelques abbayes avaient un "closier général", officier inspecteur des vignes et des vignerons.

Le closier...

Le closier est le vigneron qui prend la tâche annuelle de façonner les vignes d'un propriétaire dans des conditions et avec des obligations déterminées. Il est possesseur d'un livret personnel portant les conditions du marché et signé des deux parties. L'entrée en closerie se faisait le jour de Saint-Michel (29 septembre), mais à la condition de prévenir le prédécesseur à la Saint-Jean précédente. Le closier est logé sur la propriété, avec sa famille, il se nourrit et s'entretient, il est libre de son temps et n'a d'ordres à recevoir que pour la direction des travaux ou leur bonne exécution. La quantité de vignes qu'un closier peut entreprendre et bien cultiver est d'environ 4 hectares, ce qui souvent ne l'empêche pas, dans l'intervalle, de se livrer à d'autres travaux.

Le mode d'exploitation est le même partout, connu de tous. Selon l'importance de la propriété, le chef de famille, seul ou aidé de ses fils, ou de domestiques, cultive la vigne lui-même avec le secours des femmes pour les "façons" secondaires, portage des fumiers l'hiver dans les rangs, ramassage des sarments, accolages divers, vendanges, etc. Il est convenu, en outre, que le bois de la taille et le marc du pressoir lui appartiennent, sauf quinze fagots de dix javelles (petit tas de céréales coupées à la main et liées en gerbes) chacun et une part du marc à fixer en accord avec le propriétaire.

La closerie

Le bâtiment type de ces closeries est fonction des impératifs de la culture du vignoble. Ainsi, c'est au nombre et à la qualité de ces constructions que se reconnaît alors la richesse d'un vignoble. La closerie se compose en général d'un logis dont une partie, édifiée avec plus de soins et de confort, est réservée au maître lorsqu'il vient inspecter ses vignes, et le surplus, en général de construction plus légère, souvent de colombage et de pisé, est réservé à l'exploitation avec, au minimum, une chambre pour le closier, une écurie dans laquelle sont ramassés les outils de culture et enfin, longeant la totalité des bâtiments, à l'arrière de ceux-ci, un grand cellier dans lequel se trouvent pressoir, cuves, barriques, poinçons, etc.

 

 Les bordages ou borderies...

Pendant toute la période du XVIIIe siècle, le début du XIXe et peut-être antérieurement également, la ferme de petite et de moyenne importance revêtait à Vouvray un caractère particulier et portait le nom de bordage ou borderie. C'était le petit domaine se composant d'une maison de logement pour le fermier ou bordager, avec toutes ses dépendances groupées autour et souvent même encloses de murs. Le bordager habitait les bâtiments d'exploitation et il arrivait que, sans avoir de terre à cultiver, il reçoive un cheptel appartenant au bailleur, avec la charge de garder, soigner et fournir les bêtes, tant à l'étable que sur les terres, sous le bénéfice d'en partager les produits et selon certaines conditions d'usage.

Bibliographie : Bulletin de la Société archéologique de Touraine (1989), Monographie de la commune de Vouvray et de son vignoble (Auguste Chauvigné, 1909).

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