VOUVRAY DE HURLEVENT

Non, nous ne sommes pas dans les landes (moors) du Yorkshire, mais à Vouvray.
C'est que l'orgue installé depuis peu à l'église du bourg provient de cette région d'Angleterre et même du pays des Brontë. Il en porte la marque. C'est là qu'a été écrit le célèbre roman d'Emily Brontë, Wuthering Heights (en français Les Hauts de Hurlevent), publié en 1847. Il me paraît normal de commencer ce billet par un portrait de l'écrivain :

Le facteur d'orgue tourangeau David Bradesi a acquis cet orgue pour la paroisse de Vouvray auprès de la firme Jonathan Lane & Associates de Poole (Dorset). L'instrument était dans l'église baptiste de Hawksbridge à Oxenhope.
Voici le paysage, depuis Hawksbridge :

L'église elle-même, ici représentée dans un dessin ancien :

Elle avait été construite en 1914 et l'orgue y avait été transféré. Le nombre de fidèles diminuant, l'église a été fermée en tant qu'édifice religieux et mise en vente. C'est un bâtiment bien construit, en bon état, grand (300 m2) ; Oxenhope est proche de Leeds (30 km à l'Est). Il était en vente pour 245.000 livres (soit environ 330.000 euros). Son acquéreur (septembre 2014) l'aménage lui-même. La chaîne de télévision Channel 4 a fait un film documentaire sur ce travail, dans la série "Restoration Man". Il doit être diffusé en 2016. Au début août 2015, une fête y a été organisée ; des témoins sont venus dire leurs souvenirs, peut-être ont-ils parlé de l'orgue. Sur le site de Jonathan Lane & Associates, on en voit une photo dans l'église baptiste de Hawksbridge. Nous donnons cette photographie comme document :

On remarque qu'il était encastré dans un mur et qu'il était donc impossible d'en faire le tour comme à Vouvray, où il a été placé de façon remarquable. Les tuyaux sont peints, autrement l'alliage à base de plomb dans lequel ils sont faits serait sombre, presque noir. En entrant dans l'église de Vouvray, le regard est irrésistiblement attiré par cet instrument d'aspect si vivant et si typiquement anglais. Il nous a paru utile d'insister sur le protestantisme à l'origine de l'orgue. Les Baptistes sont de grands lecteurs du Nouveau Testament ; l'orgue a accompagné des hymnes, comme cet hymne célèbre, chanté aussi par d'autres dénominations et dont nous donnons ici le début :

Amazing grace! How sweet the sound
That saved a wretch like me!
I once was lost, but now am found;
Was blind, but now I see.
(Grâce étonnante, au son si doux, / Qui sauva le misérable que j'étais ; / J'étais perdu mais je suis retrouvé, / J'étais aveugle, maintenant je vois.)

Ecoutez l'interprétation par la chanteuse écossaise Susan Boyle : https://www.youtube.com/watch?v=A0gLntLIBYw .

L'orgue, maintenant installé à Vouvray (il est la propriété de la paroisse), a été inauguré le 12 octobre 2014 (voir la Nouvelle République du 15 octobre avec la photo de sa bénédiction par le père du Sartel) ; cet orgue romantique comporte, nous dit la NR, 676 tuyaux, et un jeu offert par l'Association Charles Bordes pour en compléter la sonorité. Ce billet ne parlera pas plus avant de l'aspect musical de l'orgue, mais je veux revenir sur son origine.

Une plaque, située au-dessus du clavier, nous dit qu'il a été construit par John Laycock en 1889. Sa tombe, dans le cimetière de Kildwick, est particulièrement intéressante. Normalement, il y a peu de fantaisie dans les cimetières anglais. De l’herbe, des stèles austères, couvertes de lichen, aux épitaphes sévères.

Ici, sur la photo, le cimetière de Haworth, au cœur du pays des Brontë. La tombe de John Laycock à Kildwick (tout près de Haworth) a elle aussi une stèle avec le nom et les dates du défunt : il est mort en 1889 à 80 ans, l’année même où l’orgue de l’église de Vouvray a été installé à Oxenhope (également tout près de Haworth), dans l’église baptiste de Hawksbridge. Sur cette tombe, en plus de la stèle habituelle et ce qu’elle dit avec des mots, il y a une sculpture qui attire le regard :

C’est rare d’avoir un ornement, une sculpture. Celle-ci représente un orgue. On en connaît le sculpteur, il s’appelait Joseph Heaton. L’orgue représenté sur la tombe, comme l’indique une inscription, est le premier construit par John Laycock, vers 1840. Il est localisé à Bingley dans l’église Méthodiste Indépendante. Celui d’Oxenhope est le dernier, mais ils sont comparables. Tous les deux ont bien environ 600 tuyaux (676 à Oxenhope), mais cela reste un « meuble » de taille humaine. La différence est dans les petites « tours » à gauche et à droite de la façade. Avec celui d’Oxenhope, John Laycock avait cherché une plus grande simplicité. Dès 1842, il avait créé l’entreprise Laycock and Bannister qui construisait des orgues dans la région. Elle a cessé de fonctionner vers 1970. John Laycock avait un œil sur tout. Bien que très âgé (il était né en 1809), il a supervisé la construction de l’orgue pour l’église baptiste d’Hawksbridge, celui que nous avons à Vouvray. On en a beaucoup parlé, avec quelques erreurs qu'il convenait de rectifier.

Pour terminer ce billet, un portrait de John Laycock, et une photo de l'orgue maintenant à Vouvray.

Regardez encore, avant de quitter ce billet, les landes du Yorkshire, la tombe de John Laycock et l'orgue dans l'église pour mieux comprendre ce "Vouvray de Hurlevent".

[Merci au groupe d’histoire locale de Farnhill et Kildwick : http://www.farnhill.co.uk/farnhill-history.html qui parle de la tombe et publie en ligne A short Memoir of the late Mr John Laycock (1903), ainsi qu’au bulletin paroissial Oxenhope Outreach de Pâques 2015. J’emprunte à la NR la photo placée en dernier.]

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