ANDRE MAGINOT A VOUVRAY

En effectuant des recherches sur l'histoire des jardins de Vouvray (d'ailleurs n'hésitez pas à nous contacter si vous avez des archives sur des jardins), je suis tombée sur un article qui a attiré toute mon attention car il y était question de la présence d'André Maginot à Vouvray... Le saviez-vous ? C'est la raison pour laquelle nous avons une avenue Maginot à Vouvray.

André Maginot (1877-1932), nommé Ministre de la Guerre en 1922 sous le gouvernement de Raymond Poincaré, célèbre notamment pour la ligne de fortification qui a porté son nom, était un grand ami de Charles Vavasseur (1867-1950), Conseiller municipal de Vouvray en 1908, maire en 1912 et député d'Indre-et-Loire de 1919 à 1924.

Le Petit Parisien du 20 octobre 1939

C'est un article du Petit Parisien daté du vendredi 20 octobre 1939, écrit par Yves Dartois, qui déroule l'histoire :   


"C’est en Touraine que la famille du grand disparu est venue s’installer dans la petite ville où il aimait à venir se reposer des soucis de la vie politique. On m’avait dit :
- Voulez-vous saluer Mme Maginot ?
- Comment ! N’est-elle pas dans la Meuse à Revigny ?
- Non. Elle est venue à Vouvray dès les premiers jours de la guerre.

Ceci mérite une explication. La famille Maginot n’a en Touraine ni ancêtres ni propriétés. Mais Maginot avait un ami, un véritable ami, en la personne du maire de Vouvray, M. Vavasseur, alors député. Plusieurs fois, le Meusien vint chez le Tourangeau lorsque son mandat le lui permettait. Il se plaisait dans cette quiète atmosphère de sympathie, assez loin de la ville pour être tranquille, assez près pour regagner facilement Paris. Il aimait travailler dans le petit bureau tapissé de chaudes reliures, étendant sur un canapé sa jambe blessée. Il aimait à se promener – péniblement aidé par ses cannes – à travers la féerie des fins peupliers et des oseraies de la Loire, devant les maisons blanches, au milieu des vignobles droits comme des rayons de soleil pétrifiés. Parfois il riait de bon cœur en lisant un « écho » mal informé sur son absence de Paris :

- Voyez, mon pauvre Vavasseur, il paraît que je fais la fête sur la Côte d’Azur !... Et il haussait les épaules.

Lorsqu’il mourut, le 6 janvier 1932, enlevé en pleine action, à l’affection de ses amis et à la profonde estime de ses adversaires, comme le proclama M. Daladier, il y eut un grand deuil dans toute la France. On se rappelle encore les drapeaux mis en berne à tous les édifices publics, le peuple de Paris défilant devant la chapelle ardente, les troupes prenant le deuil militaire. Mais la douleur fut particulièrement profonde dans la Meuse, que Maginot représentait depuis vingt-deux ans, et chez ses amis de Vouvray, qui donnèrent alors son nom à une avenue.

Aussi, lorsque la guerre qu’avait prévue Maginot éclata récemment, M. Vavasseur offrit-il une maison d’accueil à la famille de son vieil ami. Mme Maginot accepta. Ce nom de Maginot, ce n’était pas sans émotion que je le retrouvais sur les bords de Loire. Ces trois syllabes si françaises sont maintenant si familières au monde entier qu’elles font en quelque sorte partie de notre patrimoine national. Leur rayonnement arrive même à faire oublier l’homme patriote et tenace qui les illustra, et dont le souvenir disparaît sous l’auréole de l’œuvre.

En 1920, lorsque M. Millerand l’appela à la direction des Pensions, il fallait tout créer. Et déjà André Maginot fut le plus ardent défenseur de ses anciens frères d’armes et donna toute sa mesure dans ce poste où il établit leur statut aux mutilés, aux veuves, aux orphelins. M. Poincaré l’appela en 1922 au ministère de la Guerre, où il devait rester deux ans. Mais toute cette œuvre s’efface devant celle de la dernière période de sa vie, lorsqu’il devint ministre de la Guerre à nouveau, en 1929 : il devait y rester jusqu’à sa mort, trois ans plus tard..../...

André Maginot

Je songeais à tout cela en pénétrant dans la maison de Vouvray qu’on m’avait indiquée. Maison bourgeoise, aux grandes pièces d’autrefois. Un chèvrefeuille ensanglanté par le doigt de l’automne, recouvre de ses feuilles les épaisses et centenaires pierres de taille. M. Vavasseur a fait placer là quelques meubles rustiques et anciens. Une tapisserie recouvre un panneau du salon. Des ceps brûlent dans un poêle à bois. Point de luxe. Le sain confort d’une « maison de maître ».

Et c’est un tableau de Chardin : dans un haut fauteuil, c’est l’aïeule, Mme Maginot, la mère du ministre. Son grand âge (elle a quatre-vingt-onze ans) l’empêche de se lever. Mais elle accueille le visiteur avec un doux sourire. Le visage, d’un blanc d’ivoire, est très fin, sous un châle blanc qui l’enveloppe comme une grande dame du siècle passé ; une simple broche brille vaguement sur la robe noire. De l’autre côté de la table, une dame qui lisait se lève. C’est Mme Joseph, l’une des sœurs du ministre ; au fond, un jeune homme écrit, c’est Michel Joseph, fils de la dame et, donc, neveu du ministre ; et voici une jeune fille souriante mais d’une santé fragile, c’est Mlle Françoise Maginot, fille d’André. Presque toute la famille est ainsi groupée à Vouvray.

- Je n’y étais jamais venue avant la guerre, me dit la vieille maman, et j’y passe des jours en paix. André aimait tant ce pays ! « André », elle pense toujours à lui. C’était son préféré.

- J’allais le voir souvent au ministère et nous échangions un baiser rapide, car je ne voulais pas le déranger. Mon pauvre petit ! Il ne m’avait pour ainsi dire jamais quittée ! Lorsqu’il était enfant, il voulait apprendre avec moi ses leçons. Il retenait vite et c’était un plaisir. La dernière fois que je le vis, c’était le 25 décembre 1931. Nous avons l’habitude anglaise de faire un gâteau de Christmas. Une branche de ma famille est d’origine anglaise. Mon André voulut venir quoiqu’il fût bien fatigué et qu’il eût alors beaucoup de travail. Le soir même, il s’alitait et mourut le 6 janvier.

Et sa fille confirme :

- Comme mon frère n’en parlait pas, on ignorait sa puissance et sa volonté de travail. Que de fois je l’ai vu travailler au-delà de minuit ! Et, à mes représentations, il répondait doucement : « Il le faut bien tant que la France ne sera pas à l’abri… »

Le neveu, grand comme celui que mes collègues appelaient plaisamment et sans méchanceté le « Haut de Meuse », possède, en outre, le regard droit et clair de son oncle. Il vient de passer son bachot à Tours avec succès. Comme je le félicite, il s’empourpre gentiment. Sur la cheminée, une grande photo d’André Maginot, invisible et présent.

- Il ne savait pas qu’un jour on dirait « la ligne Maginot ». Ce serait, je crois, dit sa mère, sa plus belle récompense.

J’ai quitté avec respect cette famille qui représentait l’image de tant de vertus françaises. La France, généreuse à tant d’autres égards, est moins reconnaissante que l’Angleterre pour les grands serviteurs du pays. Elle ne l’est pas assez et si je ne dis pas davantage c’est de peur d’attenter à la noble pudeur de cette famille qui, dans la silencieuse retraite des coteaux de Vouvray, où elle a été affectueusement accueillie, ne pense même pas aux honneurs dorés qu’elle devrait avoir, elle ne pense qu’à l’honneur qui rejaillit sur elle de son cher disparu." - Yves Dartois.


Il serait intéressant de savoir si Madame Maginot mère séjournait alors à l'Auberdière ou aux Bidaudières : peut-être en avez-vous entendu parler ou peut-être avez-vous des archives qui pourraient nous aider à répondre à cette question ? Dans ce cas n'hésitez pas à nous contacter par email à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. - Merci -

L'Auberdière à Vouvray

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