SOIE

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LES PROTESTANTS ET LE TRAVAIL DE LA SOIE EN TOURAINE
MÛRIERS ET VERS À SOIE AU XVIIIE SIÈCLE
HISTOIRE DE LA SOIE EN TOURAINE ET À VOUVRAY / 1

La soie à Vouvray...

Au XIVe siècle, Vouvray devait compter moins de 150 feux, soit environ 600 habitants environ; mais la fabrication des étoffes de soie, établie en 1470 par Louis XI en Touraine, provoqua rapidement une extension considérable de la population, au point qu'on peut estimer, pour Vouvray seulement, la population à près de 1 000 habitants. Cette augmentation est due à l'installation de nombreux ouvriers activant des métiers répartis dans toutes les paroisses environnant Tours, pendant le cours des XVIe et XVIIe siècles. (Tableau de la province de Touraine)

La preuve nous en est fournie par les différences constatées par les rapports des intendants de Touraine qui signalent la présence, à Tours et à plusieurs lieues à la ronde, de 20 000 ouvriers en soie mettant en oeuvre 8 000 métiers, 700 moulins et 40 000 dévideurs.

Mais, la révocation de l'Edit de Nantes survint en 1685 et, dès l'année suivante, le chiffre des métiers en oeuvre tombe de 8 000 à 1 600, ce qui ramène vraisemblablement le nombre des feux au-dessous de ce qu'il était au XVe siècle.

Le succès et l'importance, au XVIe siècle, des fabriques de soieries de Tours provoqua, dans la banlieue et même dans une bonne partie de la province, l'éducation des vers à soie et, par la suite, la culture du mûrier blanc. Dans sa relation de 1546, l'ambassadeur vénitien Marino Cavalli nous affirme que les Tourangeaux "ont commencé à planter des mûriers, à élever des vers à soie, et à en tirer parti autant que le climat le permet". On sait aussi que la famille Babou avait déjà multiplié cet arbre à Montlouis et que c'est au château de la Bourdaisière, résidence de ces puissants seigneurs, que Diane de Poitiers envoyer chercher 150 pieds de mûriers blancs pour fonder sa magnanerie de Chenonceaux. (La vigne, les Jardins et les Vers à soie de Chenonceaux au XVIe siècle, par M. l'abbé Chevalier (Annales de la Société d'Agriculture de Tours, 1860)).

Morus alba L.

Planche de Morus alba L.

En 1607, Henri IV fit cultiver le mûrier dans les dépendances du Plessis-les-Tours, et c'est sans doute à ce moment que cet arbre pénétra sur le territoire de Vouvray et occupa une place dans la culture de son sol.

Le Tableau de la province de Touraine nous signale en 1762 l'état florissant de cette culture et nous fait savoir qu'elle était fort développée dans la paroisse de Vouvray, dans les terres de la vallée et des parties basses des plateaux.

Mais l'époque de la Révolution arrive et voici ce que nous lisons dans les archives de la mairie :

"Il a été détruit beaucoup de mûriers pendant la Révolution, on n'a replanté que cette année (1808) et généralement la plantation n'a pas réussi; il existe à présent 3 à 4 000 mûriers, de diverses grosseurs, qui peuvent suffire pour 10 onces (30 grammes 59) de graines; environ 15 à 20 particuliers se livrent à l'éducation des vers à soie. Ils achètent plus de la moitié des feuilles hors de la commune. Une once produit de 6 à 8 livres (2,934 kg à 3,912 kg de soie). Les bénéfices de l'éducation des vers à soie sont beaucoup moindres depuis la Révolution qu'ils ne l'étaient avant, la main-d'oeuvre a doublé et l'ouvrière qui coûtait 8 sols en coûte 16; un mûrier fort n'était vendu que 30 sols, et il se vend 3 livres; le prix de la soie est cependant le même, excepté pour la soie blanche qui a obtenu 1 ou 2 francs d'augmentation."

Cette situation alla toujours en s'aggravant, la culture du mûrier diminuant et les frais d'élevage augmentant, les éducateurs de vers à soie virent leurs bénéfices se réduire dans de telles proportions que le découragement s'empara d'eux et ils abandonnèrent progressivement cette industrie. Un dernier coup terrible fut porté à la sériciculture tourangelle par la maladie des vers à soie, sorte de cryptogame parasite, qui s'installa dans les magnaneries vers 1850, d'une façon victorieuse. Peu d'années après 1860, l'industrie de la soie était détruite et nous n'en trouvons plus de traces appréciables depuis cette époque.

Source : Monographie de la commune de Vouvray et de son vignoble, Auguste Chauvigné, Tours, 1909