SOIE

HISTOIRE DE LA SOIE EN TOURAINE ET À VOUVRAY / 1

Nous vous invitions, dans cette nouvelle catégorie de notre site Internet Vouvray Patrimoine, à découvrir ou relire l'histoire de la SOIE EN TOURAINE ET À VOUVRAY

Le XVe siècle

Dès les premières années de son règne, Louis XI (1423-1483) travaillant avec une grande activité au développement de l'industrie manufacturière en France, songea à doter ses bons amis les Tourangeaux, d'une industrie qui, malgré l'opposition qu'elle trouva parmi eux, dès l'abord, devait être dans la suite la source de leur richesse.

Dans ce but, il commanda à son trésorier de Nîmes, de choisir un certain nombre d'ouvriers habiles dans l'art de fabriquer des draps de soie et de les envoyer à Tours1. Ces ouvriers arrivèrent au nombre de dix-sept; voici leurs noms, qui nous ont été conservés, ainsi que ceux de leurs premiers élèves tourangeaux :

  • Baptiste de Terri
  • Marco de Mecote
  • Jaconnet de Bonjean, appareilleur de soye
  • Marc de la Canave, teinturier
  • Maufrais de Carmignolle, fillateur
  • Hilaire de Facio
  • André Stella
  • Marquet de Venise
  • François Garibaldi
  • Maleteste de Boulongne
  • Genézé Riose
  • Raphaël de Perreto
  • Bastien de Lanagi
  • Baldesac de Solario
  • dame Péruche de Bonjean
  • Jehan de Camogi
  • Baldesac de Seigne

Les élèves :

  • Alain François
  • Jehan Habert
  • Jehan Vierre
  • Lancelot le Basque
  • Pierre Dulyon
  • Guillaume Monnet
  • Guillaume et Laurent Mondevis
  • Estienne Chappelier
  • Estienne de Bourgongne
  • Anthoine de Remigle
  • Anthoine de Montbrizon
  • Jehan Culart
  • Jehan Scloson
  • Mathieu Vincent
  • Baptiste de Bargeon
  • Jacques de Pavie, etc.

Louis XI ordonna que les principaux bâtiments fissent entre eux une association, afin de faire travailler ces ouvriers et fixa lui-même à 6 000 écus, la somme nécessaire pour commencer cette entreprise (12 juin 1470). Le Maire et les échevins chargés de faire exécuter cet ordre, rencontrèrent une sourde résistance de la part du clergé et de la bourgeoisie; ils supplièrent alors Louis XI de réduire l'apport à 4 000 écus, mais il fit la sourde oreille et demeura inflexible. En face d'un nouveau refus, les élus envoyèrent des députés au roi, lui exposer tout leur embarras. Cette démarche eut pour résultat de faire établir, aux frais de la cité, les ouvriers en soie dans des maisons de la rue Maufumier (actuellement rue Constantine); la ville dût aussi fournir les meubles et ustensiles nécessaires à leur profession, ce qui lui coûta 1 200 écus (25 juillet 1470). Les travaux commencèrent avec une avance minime, aussi, les premières pièces d'étoffe fabriquées et vendues pour le remboursement des avances faites par les associés, ne suffirent pas à couvrir l'achat de la soie, et les frais d'installation. (la soie brute coûtait alors 7 sols 6 deniers la livre). Ce résultat accrut le découragement des intéressés; mais la volonté de Louis XI resta inébranlable et, grâce à son opiniâtreté et aux privilèges qu'il accorda quelques années plus tard aux ouvriers en soie, la ville de Tours fut dotée d'une industrie, qui ne tarda pas à acquérir une très grande importance.

Le XVIe siècle

Un cahier de remontrances, conservé dans les archives municipales de Tours, contient un résumé fort intéressant de l'état de la ville de Tours à la fin du XVIe siècle. En voici un aperçu rapide :

  • Les guerres de religion ont fait subir des pertes extraordinaires à la ville.
  • Le séjour, l'entretien et le passage continuel des troupes l'ont grandement affligée.
  • Les levées de deniers, les frais de guerre et autres nécessités, ont fait partir les habitants de la ville, qui est demeurée dépeuplée de plus des deux tiers de sa population.
  • Le trafic principal de Tours provenait spécialement des ouvriers en soie, des sergetiers, des rubaniers, des passementiers et autres métiers; le départ du plus grand nombre a entièrement appauvri la ville; avant les guerres de religion, on comptait plus de 800 maîtres ouvriers en soie, plus de 6 000 compagnons oeuvrant sur le métier, 300 personnes occupées à dévider et une foule d'autres à teindre, à apprêter les soies. Aussi peut-on dire que 40 000 âmes, tant en ville que dans les faubourgs et environs, étaient nourries de cette manufacture; or, maintenant, il ne reste pas plus de 200 maîtres et plus aucun compagnon ou apprenti, et la plupart de ces maîtres sont si pauvres qu'ils sont réduits à travailler pour les autres.

Les manufactures de soie et de draps produisaient plus de deux millions chaque année et employaient au moins mille balles de soie écrue, chaque balle valant 2 500 livres, somme qui représente à peine le tiers de la valeur du drap manufacturé, tandis qu'aujourd'hui on emploie à peine cent balles. Le malheur du temps est tel que les fabricants ne peuvent tirer aucun profit de leurs draps façonnés et sont dans l'impossibilité de recevoir des soies, car les étrangers et leurs associés les arrêtent à la descente de la Loire.

Le XVIIIe siècle

L'histoire commerciale de Tours n'offre que de tristes pages à lire pendant la première moitié du XVIIIe siècle.

Des 250 métiers à fabriquer les draps, 10 seulement étaient en activité; les ateliers de tannerie étaient tombés de 40 à 5; la rubannerie et la passementerie qui avaient compté plus de 300 métiers en possédaient à peine 10; quant à la fabrication de la soie, le nombre des métiers était descendu de 1 700 à 900 et le nombre des ouvriers employés à cette fabrication réduits à 2 600.

Vers le milieu de ce siècle, quelques hommes industrieux et dévoués à leur pays essayèrent de rendre à nos fabriques leur ancienne splendeur; mais leurs généreux efforts restèrent insuffisants, car chaque jour le nombre des ouvriers diminuait et rendait cette industrie par trop onéreuse aux maîtres fabricants.

En 1744, Louis XV choisit Tours comme la ville la plus convenable à l'établissement d'une manufacture de damas et de velours à l'usage des meubles et tentures, façon de Gênes. Le ministre confia le soin de cet établissement à M. Hardion, à qui succédèrent, en 1750 les frères Soulas. Un arrêté royal du 10 mai 1760 fit passer cette manufacture dans les mains de M. Papion. Les changements si rapprochés d'industriels placés à la tête de cet établissement, prouvent la difficulté de sa réussite et en effet, il languit jusqu'en 1790.

Vers 1750, Pierre Taschereau établit, dans le faubourg Saint-Eloi, une fabrique destinée au tirage des soies à la croisade. Ce nouveau procédé, encouragé par un arrêt du conseil du roi en date du 19 août, eut un plein succès; les moulins, qui n'étaient dans le principe qu'au nombre de 12, atteignirent bientôt le chiffre de 46. Grâce aux avantages qu'offrait ce système, en 1762, le nombre des cultivateurs s'adonnant à l'éducation des vers à soie monta à 382 et la récolte des cocons atteignit, cette année-là, 20 426 livres. La culture des mûriers, si largement encouragée par Henri IV, avait été à peu près abandonnée; au commencement du siècle, Louis XV ordonna la perception annuelle d'un impôt de 3 000 livres, pour l'entretien des mûriers blancs (1722); cette somme, jugée insuffisante en 1725, fut élevée à 5 000 livres. Lors de l'installation des manufactures dont nous venons de parler, cette culture reprit faveur; un compte de 1752 établit que les plants de mûriers blancs sortis des pépinières du Plessis, s'élevèrent à la quantité de 112 325, que l'on vendit à raison de deux sous 6 deniers la pièce.

Le 4 août 1789, l'Assemblée constituante proclamait la liberté absolue du commerce; les associations ou métiers qui avaient eu jusqu'alors le monopole de chaque branche d'industrie, perdirent leurs anciens privilèges royaux et tous les nombreux règlements qui rendaient la production plus onéreuse en empêchant la libre concurrence.

Le XIXe siècle

La fabrique de la soie, qui était jadis si florissante, était totalement ruinée; les ouvriers s'étaient éloignés, faute de travail; la culture des mûriers était négligée et dans beaucoup d'endroits, ces arbres précieux avaient été arrachés. En 1804, les travaux recommencèrent d'après les ordres de Napoléon, qui fit de nombreuses commandes pour l'époque de son couronnement. En outre, cette même année, le prix des ventes faites par les fabricants de Tours monta à plus de 120 000 francs et on évalua la quantité de soie employée à 10 500 kg. On comptait à ce moment 211 métiers; en 1814, on n'en comptait plus que 175. Ce chiffre resta stationnaire jusqu'en 1834, époque à laquelle cette fabrication commença à reprendre son ancienne importance.

En 1840, le chiffre des métiers remonta à 200. En 1870, on en comptait plus de 800.

Source bibliographique : Histoire de la ville de Tours, Eugène Giraudet, 1873

 

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La soie à Vouvray...

Au XIVe siècle, Vouvray devait compter moins de 150 feux, soit environ 600 habitants environ; mais la fabrication des étoffes de soie, établie en 1470 par Louis XI en Touraine, provoqua rapidement une extension considérable de la population, au point qu'on peut estimer, pour Vouvray seulement, la population à près de 1 000 habitants. Cette augmentation est due à l'installation de nombreux ouvriers activant des métiers répartis dans toutes les paroisses environnant Tours, pendant le cours des XVIe et XVIIe siècles. (Tableau de la province de Touraine)

La preuve nous en est fournie par les différences constatées par les rapports des intendants de Touraine qui signalent la présence, à Tours et à plusieurs lieues à la ronde, de 20 000 ouvriers en soie mettant en oeuvre 8 000 métiers, 700 moulins et 40 000 dévideurs.

Mais, la révocation de l'Edit de Nantes survint en 1685 et, dès l'année suivante, le chiffre des métiers en oeuvre tombe de 8 000 à 1 600, ce qui ramène vraisemblablement le nombre des feux au-dessous de ce qu'il était au XVe siècle.

Le succès et l'importance, au XVIe siècle, des fabriques de soieries de Tours provoqua, dans la banlieue et même dans une bonne partie de la province, l'éducation des vers à soie et, par la suite, la culture du mûrier blanc. Dans sa relation de 1546, l'ambassadeur vénitien Marino Cavalli nous affirme que les Tourangeaux "ont commencé à planter des mûriers, à élever des vers à soie, et à en tirer parti autant que le climat le permet". On sait aussi que la famille Babou avait déjà multiplié cet arbre à Montlouis et que c'est au château de la Bourdaisière, résidence de ces puissants seigneurs, que Diane de Poitiers envoyer chercher 150 pieds de mûriers blancs pour fonder sa magnanerie de Chenonceaux. (La vigne, les Jardins et les Vers à soie de Chenonceaux au XVIe siècle, par M. l'abbé Chevalier (Annales de la Société d'Agriculture de Tours, 1860)).

Morus alba L.

Planche de Morus alba L.

En 1607, Henri IV fit cultiver le mûrier dans les dépendances du Plessis-les-Tours, et c'est sans doute à ce moment que cet arbre pénétra sur le territoire de Vouvray et occupa une place dans la culture de son sol.

Le Tableau de la province de Touraine nous signale en 1762 l'état florissant de cette culture et nous fait savoir qu'elle était fort développée dans la paroisse de Vouvray, dans les terres de la vallée et des parties basses des plateaux.

Mais l'époque de la Révolution arrive et voici ce que nous lisons dans les archives de la mairie :

"Il a été détruit beaucoup de mûriers pendant la Révolution, on n'a replanté que cette année (1808) et généralement la plantation n'a pas réussi; il existe à présent 3 à 4 000 mûriers, de diverses grosseurs, qui peuvent suffire pour 10 onces (30 grammes 59) de graines; environ 15 à 20 particuliers se livrent à l'éducation des vers à soie. Ils achètent plus de la moitié des feuilles hors de la commune. Une once produit de 6 à 8 livres (2,934 kg à 3,912 kg de soie). Les bénéfices de l'éducation des vers à soie sont beaucoup moindres depuis la Révolution qu'ils ne l'étaient avant, la main-d'oeuvre a doublé et l'ouvrière qui coûtait 8 sols en coûte 16; un mûrier fort n'était vendu que 30 sols, et il se vend 3 livres; le prix de la soie est cependant le même, excepté pour la soie blanche qui a obtenu 1 ou 2 francs d'augmentation."

Cette situation alla toujours en s'aggravant, la culture du mûrier diminuant et les frais d'élevage augmentant, les éducateurs de vers à soie virent leurs bénéfices se réduire dans de telles proportions que le découragement s'empara d'eux et ils abandonnèrent progressivement cette industrie. Un dernier coup terrible fut porté à la sériciculture tourangelle par la maladie des vers à soie, sorte de cryptogame parasite, qui s'installa dans les magnaneries vers 1850, d'une façon victorieuse. Peu d'années après 1860, l'industrie de la soie était détruite et nous n'en trouvons plus de traces appréciables depuis cette époque.

Source : Monographie de la commune de Vouvray et de son vignoble, Auguste Chauvigné, Tours, 1909